Ce lundi 1er février, la Fondation Abbé Pierre rend public son rapport sur le mal logement. Elle y a consacré une vaste partie au mal logement des enfants et aux conséquences que cela peut avoir sur leur vie présente et à venir. Présentation.
La Fondation Abbé Pierre vient de publier un rapport abordant entre autre les conditions de vie des enfants souffrant de mal logement. Une situation qui concernerait plus de 500 000 enfants en France. Selon le bilan de l’Insee* daté de 2001, 20% des 86 000 personnes ne possédant pas de domicile personnel étaient des enfants. En 2005, l’actuel Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, estimait dans un rapport de la commission « Familles-vulnérabilité-pauvreté » à un million le nombre d’enfants vivant en situation de pauvreté sur notre territoire.
Des problèmes dès la prime enfance
L’absence de toit et les logements insalubres ont des répercussions directes sur la vie de l’enfant. Capables de générer un retard psychomoteur (dû au manque d’espace qui empêche l’enfant d’évoluer à sa guise), les logements insalubres sont souvent dangereux et exigus et ne permettent pas l’acquisition de la marche dans des conditions optimales. Le développement socio-cognitif est affecté par le manque de repères et de lieux d’attache sécurisants. Lorsque ces familles vivent chez des proches, elles souffrent de la promiscuité, du bruit qui influe sur la qualité du sommeil. L’alimentation est affectée, les foyers ne disposant pas de véritable cuisine. Les enfants souffrent également de la vétusté des habitations et peuvent développer du saturnisme (qui peut entraîner des déficiences des fonctions cognitives) lié à la présence de plomb, des maladies respiratoires, des infections dermatologiques… L’hygiène est mise à mal par l’absence d’eau courante, d’électricité, de chauffage et affecte les relations avec autrui.
Une socialisation difficile
Quand ils sont en âge d’être scolarisés, beaucoup d’enfants sont victimes « d’exclusion scolaire quasi institutionnalisée. Les 5 000 à 7 000 enfants roms présents en France aujourd’hui atteignent ou atteindront l’âge de 16 ans sans être jamais allé à l’école, ou presque », précise le rapport de la Fondation Abbé Pierre. Les familles dans la précarité sont souvent expulsées de leur logement, doivent déménager, ce qui empêche les enfants d’aller dans une école fixe et de s’y faire des amis. Les enfants ont honte de leur situation et n’osent pas inviter leurs camarades chez eux. Les parents encouragent parfois leurs enfants à jouer dehors, au risque de les exposer aux mauvaises fréquentations de la rue, plutôt que dans leur logement insalubre.
Des relations parents-enfants altérées
Le chômage, le manque d’argent et la vie dans un logis malsain influent sur l’humeur des foyers. Les tensions et le stress sont exacerbés par le manque d’espace. Les enfants peuvent avoir une mauvaise opinion de leurs parents, leur en vouloir de cette situation d’inconfort. Les parents se dévaluent également, culpabilisent de ne pas pouvoir offrir de meilleures conditions de vie à leur progéniture. « Et ce sentiment est renforcé quand ils font parfois l’objet, lorsqu’ils sont mal-logés, d’un accompagnement social ou d’un suivi socio-éducatif qui vient faire sortir l’éducation et les pratiques éducatives du seul registre privé. (…) Ils se sentent ainsi remis en cause dans leur fonction parentale, voire déresponsabilisés de leur rôle », explique le rapport de la Fondation Abbé Pierre. À l’adolescence, le manque d’intimité peut également conduire à des comportements agressifs ou d’introversion.
Une insertion socioprofessionnelle compromise
Shelter, une association britannique d’aide aux sans-abri, a mis en évidence dans son rapport que les enfants qui avaient souffert de mal-logement avaient davantage de risques de développer des pathologies sanitaires, d’occuper un emploi instable, voire même de connaître eux aussi des difficultés à se loger.
La Fondation Abbé Pierre dénonce la crise du logement qui s’est amplifiée avec la crise économique et invite, à la veille des prochaines élections électorales, les grands partis politiques à réagir face au problème.
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