« Pour moi, je n'attendais pas de bébé », confie Véronique Courjault, avant d’éclater en larmes dans le box des accusés. Jugée pour avoir tué à la naissance trois de ses enfants entre 1999 et 2003, elle encourait la prison à vie. La question du « déni de grossesse » s’est invitée lors des audiences, en divisant les experts, parfois désorientés par les déclarations confuses de l’accusée. La cour d’assises d’Indre-et-Loire a rendu son verdict ce jeudi 18 juin en la condamnant à huit ans de prison ferme, privilégiant ainsi la thèse de la préméditation pour les deux des trois infanticides.
L’affaire des « bébés congelés » commence au cours de l’été 1999, en Charente-Maritime. Déjà mère de deux enfants, une femme, Véronique, accouche seule et dans l’anonymat. Elle tue et incinère son premier bébé. Le 23 juillet 2006, à Séoul, son mari, Jean Louis Courjault découvre deux nouveaux-nés dans son congélateur (dont la naissance remonte à septembre 2002 et 2003). Confondue par les tests ADN, Véronique Courjault est incarcérée le 12 octobre à la maison d’arrêt d’Orléans. Son mari, mis en examen pour complicité d’assassinats est rapidement mis en hors de cause. Depuis, la question du déni de grossesse a plané sur le procès jusqu’à l’énoncé du verdict.
Pourquoi pourquoi pourquoi ?
Au début des audiences, la question du « pourquoi » des actes de Véronique Courjault se lisait sur toutes les lèvres. L’incompréhension, tant de l’accusée que celle de ses proches, s’est prolongée jusqu’au mercredi 17 juin. Jusqu’alors, la mère infanticide restait sur ses déclarations évasives. « Je ne sais pas trop », « Je n'ai toujours pas de réponse », se défendait-elle alors, confrontée à ses contradictions. Quant au mari de l’accusée, le comportement de la femme qu’il aime relèverait d’une maladie. Il coupait court au débat, « Il ne faut pas chercher de justification, car il n’y en a pas ». De fait, la tâche des experts (psychiatres, psychanalystes, gynécologues) était ardue, et un clivage est apparu entre les partisans de la thèse du déni de grossesse et les autres, plaidant pour la préméditation.
Déni ou préméditation ?
Aux exigences de « vérité simples » formulées par le président de la cour, les psychiatres et psychologues ont formulés des réponses complexes et circonstanciées, tant le cas de Véronique Courjault relevait de l’exceptionnel. Dès lundi, le déni de grossesse semblait la thèse à privilégier, du moins selon l’avis de trois spécialistes, dont Claude Halmos, psychanalyste. « Ce n’est pas du tout une criminelle consciente et organisée », confie-t-elle, en regrettant que la préméditation ait finalement été retenue par le jury. Mais au fur et à mesure, les experts se divisent. Les psychiatres André Masson et Fanny Puel résument : «Pour nous, il ne s'agit pas d'un déni de grossesse. Cet avis est partagé par Mme Courjault ».Cela signifie que son discernement n’aurait pas été altéré, puisque Véronique Courjault « se savait enceinte ».
Déni ou dénégation ?
« Nous sommes dans la dénégation. Elle sait mais elle refuse cette réalité sans tenir compte des conséquences. L'accusée savait qu'elle était enceinte" affirme la psychiatre Simone Lamiraud-Laudinet. En effet, lors d’une de leurs rencontres, l’accusée lui aurait confié que son problème était personnel, et « que ça ne regardait pas la société ». Des propos aussitôt tempérés par Fulbert Jadech, le second psychologue. Selon lui, certes Mme Courjault se savait enceinte, » mais elle n'en avait pas vraiment conscience, elle savait, ne savait plus, elle oubliait, chassait cette idée". Et la contre-expertise de conclure : Véronique Courjault n'était pas atteinte au moment des faits d'un trouble ayant aboli le contrôle de ses actes, mais les distorsions dans son rapport avec la réalité peuvent avoir altéré son discernement".
Ni une folle ni un monstre
Après le rendu de ces conclusions contradictoires, l’avocat général Philippe Varin restait perplexe : «Je patauge, moi». Certains experts, comme Claude Halmos, regrettent la focalisation du procès sur la question "déni de grossesse ou pas déni de grossesse". "Derrière chaque déni de grossesse il y a une femme particulière avec une histoire particulière", a-t-elle expliqué. Elle n’est ni « une folle, ni un monstre », avait conclu le docteur Bensussan, lors de sa contre-expertise. Divisés sur la question du déni, les « témoins techniques » semblent unanimes sur "l'absence de perversité et de jouissance» de l’accusée.
A l’énoncé du verdict, Véronique Courjault est restée calme et impassible, plongée dans les yeux de Jean-Louis, son mari. Une sortie de prison pourrait être envisagée dans l’année, mais en attendant, un suivi psychologique s’avère essentiel pour sa lente reconstruction.
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